Homélie pour l'ami Guy

De Paul Gonze
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Chère Solange, chers père et fils, belles-filles et belles-sœurs, petites-filles et petits-fils, amies et amis de Solange...

                        et donc de Guy,

  

Vous vous rappelez sans doute, contrastant avec le rayonnement de son sourire, la fragilité délicate, un peu gauche avec laquelle Guy pouvait vous serrer la main. Vous en gardez le souvenir confus à même votre peau, ... son index et son annulaire ayant été sectionnés par un bloc de pierre qui, s’il lui était tombé sur la tête, aurait mis un terme à ses randonnées avec Solange entre ciel et terre. Simple accident donc mais qui a fait de Guy, alors dans la fleur de la jeunesse, un invalide aux doigts morts comme d’aucuns pourraient croire, puisqu’aujourd’hui déclaré mort, qu’il nous laisse invalides...

     Mais tu nous expliquerais, Guy, que tes deux doigts morts t’ont en fait éveillé à la vie, te révélant à quel point elle était, elle est précieuse et fragile, dépendant notamment de l’aléatoire décrochage d’un rocher du flanc d’une montagne. Tu as donc renoncé au métier de banquier qui t’aurait assuré une existence conventionnelle mais confortable pour t’aventurer dans la difficile mais exaltante voie de l’art... et t’y épanouir, comme le prouvent toutes les toiles qui nous entourent. Bel exemple à méditer, considérant que ton départ est pour nous une invitation à vivre pleinement "l’ici et le maintenant", cet éphémère présent, au double sens du terme, que nous offre la vie.

     Á en jouir pleinement, nous répéterais-tu, car tu n’a pas disparu, tout comme tes deux doigts n’avaient pas disparu : ils étaient toujours avec toi, te faisant même occasionnellement mal, comme ces bras et jambes dits fantômes dont souffrent ceux qui en sont amputés ... mais qu’ils retrouvent endormis, courant et dansant dans leurs rêves comme en plein soleil.

     Certains s’étonnent sans doute qu’ici je te tutoie comme si tu étais toujours parmi nous mais tu es parmi nous, nous faisant souffrir au creux de ta présence tout en nous accompagnant dans nos rêves... et pas seulement dans nos rêves puisque tu es en nous, que tu es nous.

     Je ne parle pas ici comme un curé débite son homélie. Je parle simplement dans le sillage d’Arthur Rimbaud affirmant que « Je est un autre », osant le corriger, ou plutôt le compléter, convaincu que « Je suis les autres », que mon Moi n’est, tout comme le vôtre, rien d’autre que le foyer de résonance de tout ce que vous et moi avons reçu d’autrui, par le biais ou plutôt grâce à tous ces autres, parents et amis qui nous ont aimés et éveillés, peintres et poètes dont les œuvres se sont réincarnées en nous, inconnus ou étrangers dont les visages palpitent dans nos neurones et nos réflexes, ennemis même impatients de nous confondre par delà l’horizon.

     En d’autres mots, chacun d’entre nous, à son unique et irremplaçable manière, se retrouve imbibé, irradié de ta vitalité. Chacun d’entre nous et en particulier Solange a la possibilité, la responsabilité, l’honneur d’être la chambre d’écho de ta générosité, de ta créativité, de ta joie de vivre.

     Ici et maintenant, nous te remercions donc Guy de nous relier tous, par ton intermédiaire, dans l’urgence et le plaisir de vivre... comme tu as vécu, comme tu continues à vivre en nous, à danser avec nous.

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Hommage exprimé lors de la cérémonie d'adieu à Guy Vandenbulcke, décédé le 22 septembre 2020.

enfilade de mots qui bientôt se dispersera avec d'autres textes comme feuilles d'automne et cendres dans le vent